samedi 14 juillet 2012

Entre les Chinois et les Brésiliens

Chaque jour je suis attristé par la difficulté de ce pays de sortir du marasme, de la misère et de l’inertie.
Récemment quelqu’un qui nous rendait visite nous a raconté la pénible histoire de l’asphalte de la rue principale de Kananga. Celle-ci, qui est l’artère centrale de la ville entre le marché à l’ouest et l’aéroport à l’est n’est pas vraiment une route, mais une piste très caillouteuse, poussiéreuse et dangereuse (combien de motocyclistes, bien sûr non casqués, se sont tués dans des accidents sur les carrefours de cette route !).
Le gouvernement local avait signé un contrat de collaboration avec les Chinois, omniprésents au Congo surtout dans le génie civil et le commerce. Ce contrat prévoyait l’aménagement des trottoirs et des ronds-points sur cette route et son asphaltage.
Et effectivement je voyais en ville des travaux publics de poses de bordures en béton par des ouvriers supervisés par des Asiatiques… « Enfin quelque chose », me disais-je.
Mais lorsqu’il a fallu arriver à la phase de l’asphaltage, cela a déraillé. Lors des tractations les Chinois voulaient arriver avec leur matériel, mais le gouvernement a argumenté qu’il avait déjà du matériel, notamment une « mélangeuse » pour fabriquer l’asphalte. Au bout de quelques jours la machine est bien sûr tombée en panne. Comme elle avait été achetée à une entreprise brésilienne et était encore sous garantie, personne d’autres que des Brésiliens pouvaient la réparer. Or ceux-ci trainent les pieds pour venir faire des réparations au Congo. Sans doute ont-ils suffisamment de marchés et de travail dans le pays. Donc les travaux sont interrompus sine die et les Chinois exaspérés viennent de partir ! La route restera pousséreuse et cahoteuse encore un moment avec des reliques de bordures en béton. À pleurer.
En pensant à tout cela, une idée saugrenue m’est venue. J’ai l’impression qu’il y a une conspiration internationale – consciente ou inconsciente - contre l’Afrique. Pour que la communauté des nations puisse assumer tant bien que mal le décollage de pays émergents comme la Chine et le Brésil (et l’on sait jusqu’en Europe à quel point ce décollage peut faire mal aux pays riches mais endettés !), il ne faut pas que tous les pays du monde émergent en même temps et donc on laisse l’Afrique en arrière, dans sa poussière et sa misère. Mais bon, c’est une idée saugrenue.
La rue principale de Kananga, avec des magasins 
qui s’appellent « bénédiction » « grâce étonnante »… !

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