Récemment
quelqu’un qui nous rendait visite nous a raconté la pénible histoire de
l’asphalte de la rue principale de Kananga. Celle-ci, qui est l’artère centrale
de la ville entre le marché à l’ouest et l’aéroport à l’est n’est pas vraiment
une route, mais une piste très caillouteuse, poussiéreuse et dangereuse (combien
de motocyclistes, bien sûr non casqués, se sont tués dans des accidents sur les
carrefours de cette route !).
Le
gouvernement local avait signé un contrat de collaboration avec les Chinois,
omniprésents au Congo surtout dans le génie civil et le commerce. Ce contrat
prévoyait l’aménagement des trottoirs et des ronds-points sur cette route et
son asphaltage.
Et
effectivement je voyais en ville des travaux publics de poses de bordures en
béton par des ouvriers supervisés par des Asiatiques… « Enfin quelque
chose », me disais-je.
Mais
lorsqu’il a fallu arriver à la phase de l’asphaltage, cela a déraillé. Lors des
tractations les Chinois voulaient arriver avec leur matériel, mais le
gouvernement a argumenté qu’il avait déjà du matériel, notamment
une « mélangeuse » pour fabriquer l’asphalte. Au bout de
quelques jours la machine est bien sûr tombée en panne. Comme elle avait été
achetée à une entreprise brésilienne et était encore sous garantie, personne
d’autres que des Brésiliens pouvaient la réparer. Or ceux-ci trainent les pieds
pour venir faire des réparations au Congo. Sans doute ont-ils suffisamment de
marchés et de travail dans le pays. Donc les travaux sont interrompus sine die
et les Chinois exaspérés viennent de partir ! La route restera pousséreuse
et cahoteuse encore un moment avec des reliques de bordures en béton. À
pleurer.
En pensant
à tout cela, une idée saugrenue m’est venue. J’ai l’impression qu’il y a une
conspiration internationale – consciente ou inconsciente - contre l’Afrique.
Pour que la communauté des nations puisse assumer tant bien que mal le
décollage de pays émergents comme la Chine et le Brésil (et l’on sait jusqu’en
Europe à quel point ce décollage peut faire mal aux pays riches mais
endettés !), il ne faut pas que tous les pays du monde émergent en même
temps et donc on laisse l’Afrique en arrière, dans sa poussière et sa misère.
Mais bon, c’est une idée saugrenue.
La rue principale de Kananga, avec des magasins
qui s’appellent « bénédiction » « grâce étonnante »… !
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