La vraie douane
d’un pays c’est l’apprentissage de sa langue. Il faut que je la franchisse, ne
serait-ce qu’un peu, quel que soit le nombre de mois que je passerai ici.
Depuis
hier, après quelques mises en jambe par André, j’ai mon cours de tshiluba, avec
Sr Marguerite, docteure en linguistique africaine et professeure à l’Institut
supérieur de pédagogie, bref, une copine. Nous avons en effet déniché cette
pointure en allant boire une bière chez des sœurs que les frères connaissaient
à côté d’autres sœurs qui nous avaient invités à dîner. C’est ainsi que cela se
passe ici : on taille une bavette avec une religieuse sympa et l’on
apprend vers la fin de la conversation qu’elle vient de soutenir sa thèse à Kin
en médecine ou en ingénieurie agro-vétérinaire…
Sœur
Marguerite est un spécimen unique de religieuses caustiques, très sensibles et
indépendantes, que leurs supérieures doivent craindre et envier et dont il doit
exister au moins un exemplaire dans chaque communauté entre Ostende et
Prétoria…
Elle a la
douceur tranquille qu’il faut pour aborder une langue qui vous est étrangère
jusqu’aux points des i. Spécialiste en langues bantoues qui chantonnent dans
toute l’Afrique noire sauf au nord-est, elle a fait sa thèse sur un idiôme
voisin du tshiluba (la langue principale au Kasaï) et connaît la musique de ce
dernier comme un flûtiste son pipeau.
Elle
insiste beaucoup sur l’intonation des différentes syllabes. En effet quand le
même mot (« tshilamba ») peut signifier, suivant les intonations :
« le pont » ou « le truc qui rampe » il faut mieux savoir
intonner au bord des rivières.
Mais je peine et me sens souvent presqu’aussi nul que devant Madalèna durant le
cours de patoué de Charvan.
Alors je
crâne en posant une question qui fait allusion aux 5 déclinaisons du latin que
j’ai enseigné dans une vie antérieure. Et la sœur, délicatement, me rabat le
caquet en alignant les 18 – si faciles – classes nominales qui changent en
fonction des préverbes et préfixes. J’ai le tournis et cela m’apprendra à faire
mon pédant.
Aujourd’hui
j’ai notamment appris que « bébé » se disait muana mutoke,
« l’enfant blanc » parce que les bébés noirs sont blancs !
Mutoke c’est le blanc. Quand on me désigne dans la rue, on dit :
« Mou, toqué ! », ce qui crève de bon sens !
J’ai appris
aussi que l’heure et le soleil c’est le même mot. Assez poétique. « Quel
soleil est-il ? Il est deux soleils et quart, ça tape chaud ! »
Et merci, c’est « Tuasakidila ». Moyen mnémotechnique :
Tu-as-ça-qu’il-dit-là. « De rien ; prochain cours : demain, à 8
soleils du matin ».
Tuasakildila pour le cours de langue !
RépondreSupprimerSympa "soleil" pour l'heure !
A Champéry, en ce moment il est 9 soleils du matin ! Et il ne fait pas chaud ! Il neige !